Un interview avec Québec solidaire

Un interview avec Québec solidaire

Québec solidaire est un parti progressiste au Québec.  Je trouve que c’est très intéressant et à certains égards un source d’inspiration politique pour mon pays, les États Unis.  J’avais eu le plaisir de faire cet interview avec Benoit Renaud, membre de la Commission politique de Québec solidaire et porte-parole pour la région de l’Outaouais. Aussi, il était candidat dans la circonscription de Hull aux dernières élections.  Merci beaucoup à lui pour faire cet interview avec moi.  Voici les questions et les réponses:

1. Il y a un débat au Québec sur l’immigration.  Quelle est votre perspective sur ce thème?  Est-ce qu’il y a une différence entre votre parti et le Parti Québecois?

Le nouveau chef du Parti québécois a déclaré, durant la course à la chefferie, que chaque année, avec les 50 000 immigrantes et immigrants qui arrivent au Québec, le camp souverainiste perd l’équivalent d’une circonscription aux élections (sur les 125 que compte notre Assemblée nationale). Il s’est rétracté par la suite, mais il avait exprimé ce que bien des nationalistes pensent depuis le référendum de 1995, soit que les nouveaux arrivants sont gagnés d’avance à la cause de l’unité canadienne.

À Québec solidaire, nous croyons au contraire que l’avenir du mouvement pour l’indépendance se trouve du côté des jeunes et des minorités, bref des personnes qui n’ont pas été convaincues par le discours nationaliste du PQ, mais qui pourraient se rallier à un projet démocratique, écologiste et de justice sociale. Nos résultats aux élections tendent à démontrer que nous sommes le seul parti capable de convaincre de nouvelles personnes de voter pour un parti indépendantiste.

2. C’est sûr que la langue est toujours un sujet important au Québec.  Comme parti souverainiste et aussi très progressiste, comment proposez-vous trouver un équilibre entre la préservation du français et les droits linguistiques des immigrants?

L’objectif de la Charte de la langue française est de faire en sorte que les membres de la majorité francophone du Québec (une minorité au Canada et une toute petite proportion de la population du continent) puissent vivre en français dans leur propre pays. Pour ce faire, il y a notamment des incitatifs pour que les lieux de travail de 50 employés et plus fonctionnent en français. Nous croyons qu’il faudrait abaisser ce seuil parce que bien des entreprises sont plus petites et échappent à la loi. Nous sommes d’accord avec le Parti québécois sur cette question.

En même temps, nous reconnaissons les droits historiques de la minorité anglophone de disposer de ses propres institutions (hôpitaux, écoles, universités, municipalités…) qui fonctionnent principalement en anglais. Pour ce qui est des autres groupes linguistiques, que nous appelons allophones (autres langues), nous souhaitons qu’ils apprennent en priorité le français et participent aux institutions de la majorité. C’est pourquoi les enfants d’immigrants doivent fréquenter l’école française.

Présentement, plus de la moitié des nouveaux arrivants parlent déjà le français à leur arrivée au Québec. Un autre quart apprend le français par la suite. Cette proportion de 75% de francophones et de francisés est presque suffisante pour maintenir l’équilibre linguistique à long terme. Présentement, 80% de la population du Québec est francophone, 8% est anglophone et 12% se partagent les autres langues. Il faudrait faire juste un petit effort de plus pour éviter toute crainte d’un déclin à long terme du français. Au lieu de cela, le gouvernement actuel a réduit les budgets des organismes qui s’occupent de la francisation des immigrantes et immigrants. Il devrait au contraire reconnaître l’apprentissage du français comme un droit et faire en sorte que l’offre de cours suive la demande.

La protection du droit de travailler en français est importante pour les immigrantes et immigrants allophones aussi. Autrement, on les oblige à apprendre deux nouvelles langues pour pouvoir obtenir un emploi, ce qui n’est pas raisonnable!

3. Aux États Unis, on a un système bipartiste.  Les américains de gauche on a peur de voter pour un troisième parti.  Comme parti de politique alternative, avez-vous quelques recommandations pour les progressistes américains?

Il faut être patient! Avant d’arriver à fonder Québec solidaire et à finalement faire élire un premier député nous avons passé par un chemin complexe de regroupement de forces politiques diverses qui a pris plus que dix ans. Aussi, il est primordial d’enraciner cette nouvelle force politique dans des mouvements de mobilisation populaire. Pour nous, il y a eu la Marche mondiale de femmes en 2000, le Sommet des Amériques en 2001, le mouvement contre la guerre en Irak en 2003, etc. Il faut donc combiner la convergence des forces politiques existantes avec l’émergence de nouvelles générations de militantes et de militants. Les jeunes et les femmes ont un rôle clé à jouer dans un tel processus.

Au Québec, l’argument à l’effet qu’il faudrait voter pour le PQ parce qu’il serait « moins pire » que le Parti libéral ne tient plus. Le PQ au pouvoir a fait « pire » que les Libéraux à plusieurs occasions, notamment avec des lois répressives contre le mouvement syndical ou avec sa proposition de « charte des valeurs » qui était une attaque à peine voilée contre les minorités religieuses et culturelles du Québec. J’aime bien l’expression de Michael Moore « the evil of two lessers », qui me semble résumer le problème.

4. Est-ce que vous vous inspirez de partis en dehors du Québec?  Par example, en Grèce on a le parti anti-austerité “Syriza” et il existe presque la même chose en Espagne – “Podemos”.  Ou peut-être est-ce que vous avez des amis politiques dans le monde francophone?

Nous entretenons des liens de plus en plus étroits avec diverses forces politiques de gauche ailleurs dans le monde. Au début, nos regards se tournaient surtout vers l’Amérique Latine, avec les développements au Venezuela, en Bolivie et en Équateur, notamment. Plusieurs de nos membres ont participé aux Forums sociaux mondiaux. Plus récemment, nous avons échangé avec des mouvements et partis de gauche en Europe, dont ceux que vous mentionnez, mais aussi Die Linke (Allemagne), le Bloc de gauche (Portugal), le Front de gauche (France), et Scottish Left project (Écosse). Beaucoup de militantes et de militants de QS peuvent discuter de politique en anglais ou en espagnol, ce qui facilite les liens avec ces groupes.

Lors de notre dernier congrès, nous avons ouvert les travaux avec un panel international qui incluait une militante écossaise et un représentant de Die Linke. On évoquait alors l’émergence d’une internationale de la solidarité, contre l’internationale de l’austérité. Des représentants de Québec solidaire ont aussi participé à des rencontres de ces partis et nous comptons multiplier ces occasions d’échanger et de collaborer.

5. Pourquoi est-ce important d’avoir un parti souverainiste comme le vôtre au Québec quand il y a déjà un parti indépendantiste – le PQ?

Notre vision de l’indépendance, tant sur le pourquoi que sur le comment, est très différente de celle du PQ. Nous croyons que l’autodétermination de la population doit être au cœur du projet. C’est pourquoi nous proposons l’élection d’une assemblée constituante qui aura comme tâche de proposer une constitution pour le Québec. Cette assemblée serait le résultat d’une démarche de démocratie participative sans précédent. Pour nous, c’est cette souveraineté du peuple qui peut donner un élan vers l’indépendance. Tandis que le Parti québécois est toujours pris avec le modèle monarchiste hérité de l’empire britannique qui consiste à concentrer l’initiative et le pouvoir entre les mains du premier ministre, pendant que le peuple joue un rôle d’appui passif.

Aussi, il ne suffit pas de réaliser une indépendance formelle, légale. Bien des pays sont en théorie indépendants mais sont pris au piège d’une dépendance économique. L’exemple récent de la Grèce est frappant à cet égard. Nous proposons un projet social, économique et écologique qui permettrait au Québec d’échapper, au moins en partie, à la dictature des marchés financiers et des entreprises multinationales.

6. Il y a maintenant une politique d’austérité très forte au Québec.  Comment proposez-vous confronter cette philosophie dangereuse?

Il y a déjà une mobilisation sociale d’envergure au Québec sur cette question. Comme parti politique, nous pouvons intervenir à plusieurs niveaux pour appuyer ce mouvement. Nos députés prennent la parole à l’Assemblée nationale pour dénoncer l’austérité à chaque occasion. Nous présentons aussi des alternatives à l’austérité avec nos propositions de politique économique. Enfin, nous organisons des échanges parmi nos membres sur la question de l’austérité et des mobilisations contre ces politiques.

Cette année, les 500 000 travailleuses et travailleurs du secteur public provincial sont en période de négociation de leurs conventions collectives. Les syndicats du secteur public constituent une force considérable qui est déjà en bonne partie mobilisée contre l’austérité. On peut s’attendre à une confrontation majeure cet automne avec le gouvernement. Québec solidaire sera du côté des travailleuses et des travailleurs dans cette lutte et nous souhaitons qu’elle se transforme en une mobilisation populaire large contre l’ensemble des politiques d’austérité, en s’inspirant de la grande mobilisation du printemps 2012 qui avait été provoquée par la grève étudiante.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s